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“CALLAS E ONASSIS”, INSIPIDE
ROMANCE
par Sophie Rostain, “Libération”,
2 mai 2006
Franchement, on dit trop de mal des
romans Harlequin. Il est si bon de se rouler dans ces
tragédies-là, où les amours sont
maudites, les baisers fougueux, les regards langoureux
dans le soleil couchant. Jadis, Cécil Saint-Laurent
(Jacques Laurent) sut donner ses lettres de noblesse
au genre, s'en amusa, et nous avec. La télévision
aussi aime ces histoires tendres. Le problème,
c'est que tout le monde n'est pas Cécil Saint-Laurent
pour nous trousser ce genre d'affaires. Salvatore Basile
et Laura Ippoliti sont certainement deux scénaristes
réputés. On imagine que, quand un producteur
est venu les solliciter pour mettre en images l'histoire
des amours d'Aristote Onassis et de la Callas, ils ont
accepté illico. Avec ces deux statues, il n'y
a qu'à se laisser porter, on surfe sur le mythe.
Le réalisateur, Giorgio Capitani, est un routier
de la télévision italienne. Gérard
Darmon devait jouer Aristote et Luisa Ranieri, la diva.
Tournage en Italie avec ce qu'il fallait d'argent. Sur
le papier, l'aventure valait le détour. Sauf
que, parfois, les mythes abusent. Les deux épisodes
déroulent une histoire insipide, des scènes
vides, des dialogues dont la bonté commande de
ne pas les reproduire ici. Dès les premières
minutes, le spectateur comprend qu'il ne verra pas la
Callas et Onassis, mais deux personnages dont l'un est
riche, l'autre fait la chanteuse. Comme personne n'est
insensible à la beauté, on se régale
des paysages méditerranéens (il faudrait
quand même en vouloir beaucoup à l'humanité
pour enlaidir les côtes italiennes où la
chose fut tournée). On s'amuse du parfait mauvais
goût du yacht du milliardaire. Entre deux scènes
où la comédienne tente désespérément
de jouer les hystériques (mais il en va de l'hystérie
comme du reste, mieux vaut être doué),
on se rappelle que, enfant, la photo d'Onassis vieillissant
dans Paris Match ou Jours de France nous avait émus.
La chose continue, mais on a depuis longtemps largué
les amarres, laissant à quai cette chose terne,
où la voix de la Callas ne s'entend évidemment
pas une seconde. Demain, on lira Voici et au moins,
on s'amusera (www.liberation.fr/page.php?Article=378841).
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